Analyse

Ginkgopolis - une réédition à ne pas louper ?

Publié le 04/02/2022 09:20

Dix années d'existence, une réédition il y a un an ainsi qu'un nouveau réassort en ce début d'année, Ginkgopolis est de retour et bien décidé à refaire parler de lui. Ce jeu créé par Xavier Georges, beaucoup le connaissent de nom, sont familiers avec son image, mais êtes-vous si nombreux à savoir exactement ce qu'il renferme ? Car s'il peut se targuer d'un joli succès outre-Atlantique, étant cité régulièrement comme étant le pêché mignon d'un certain nombre d'américains, il semble qu'en France on soit encore assez loin d'un tel phénomène. Pourtant s'il est aujourd'hui de retour, c'est bien qu'une équipe croit en sa faculté à pouvoir charmer la nouvelle génération de joueurs dont la population ne cesse de croître. Et pour cause, les arguments sont là et nous vous proposons dans cet article de vous aider à déterminer si vous pourriez en devenir le nouvel adepte. Pour cela, après avoir relevé ensemble ce qui pourrait expliquer la timidité du jeu à s'installer réellement dans nos foyers, nous nous attarderons sur l'ensemble des qualités de celui-ci. Des atouts rares, indéniables et qui ont motivé aujourd'hui mon envie d'en réaliser une analyse détaillée.




Ce qui pourrait vous déplaire. 


Une thématique en retrait. Le sujet est original, on vous propose de bâtir une cité végétale en l'an 2212. Il faut bien reconnaître que si le propos du jeu est plutôt tourné vers l'avenir, son esthétique, elle, reste plutôt ancrée dans les standards de la décennie passée. Et puisque le propos abordé est celui d'une civilisation du futur, cela peut engendrer un ressenti contre-intuitif qui n'aide probablement pas l'habillage du jeu à imprégner les mécaniques. Accordons-nous donc sur le fait que Ginkgopolis est en premier lieu un jeu à dominante abstraite, traitant d'un sujet que certains pourront certes apprécier mais dont on ne nous donne pas véritablement les outils pour que cela puisse être franchement palpable et savouré.

Des règles peu instinctives. Puisque le jeu n'est pas réellement porté par sa thématique, il s'en remet essentiellement à son matériel et ses aides de jeu. Et à ce titre, on ne peut pas affirmer qu'il existe là non plus une immédiateté quand à l'assimilation de son fonctionnement global. Un même élément pouvant être utilisé de différentes manières, il existe un léger brouillard au moment de l'explication des règles et de leurs mises en application sur une première partie. Heureusement le brouillard se dissipe rapidement, mais il n'est pas complètement aisé de tenir un discours clair et appétant afin d'inciter les joueurs à s'y essayer. La première approche peut donc laisser de marbre et mal rendre compte de la beauté interne du design mécanique.

Une multitude de manipulations. Chaque tour de jeu vous demandera de répéter encore et encore le même processus. Passer votre main restante à votre voisin, choisir une nouvelle carte, sélectionner une tuile, y déposer vos ressources ainsi qu'une grue, et poursuivre grosso modo ce déroulement jusqu'à épuisement de la pioche. A ce stade le jeu nous demande alors de reconstituer une nouvelle pioche en la complétant avec les cartes identifiants les bâtiments qui auront été nouvellement construits. Une manutention quasi-permanente qui pourrait ne pas contenter ceux qui chercheraient davantage de liberté et de laisser aller. 

Une interaction directe. Vous aurez par moment à vous installer sur les plates-bandes de vos adversaires et les déloger. C'est même recommandé pour faire la différence lors des contrôles de majorité effectués dans chaque quartier en fin de partie. Une mécanique invasive qui ne convient pas toujours à tout le monde. Précisons toutefois que cet aspect du jeu est géré avec intelligence, car non seulement vous récupérez l'ensemble de votre investissement en ressources dans pareille situation, mais on vous octroie également quelques points de victoire en compensation pour avoir été exproprié. La violence et la cruauté n'ont donc pas franchement leur place à Ginkgopolis et si vous êtes du genre à tolérer le fait d'avoir à jouer des coudes alors il ne faut pas vous inquiéter outre mesure de ce paramètre.




Mais alors pourquoi le jeu se démarque ? 


Un design étonnant. Lorsqu'on s'essaye à un récapitulatif des mécaniques de jeu, il est surprenant de réaliser que malgré une relative concision des règles, on se retrouve confronté à : Du draft de cartes, de la pose de tuiles, de la gestion de ressources, une construction de tableau, la constitution d'un moteur économique et du contrôle de majorité. Rien que ça. Chacun de ces grands classiques du monde du jeu étant représenté ici sous sa forme la plus épurée qui soit. Rien ne dépasse, chaque règle se savoure et s'accompagne d'autant de pertinence vis à vis de l'expérience globale que de richesse en terme de possibilités tactiques. Et ce qui étonne plus encore, c'est l'harmonie dégagée, tout est tellement bien imbriqué qu'on ne se verrait pas en retirer la moindre composante. Comme si une évidence apparaissait sous nos yeux, malgré la singularité pourtant bien palpable du jeu. Car de l'originalité on en trouve aussi, et en premier lieu dans le fait de pouvoir construire en hauteur. Recouvrir des tuiles, pour gagner en altitude et surtout en impact sur le déroulé de la partie. C'est ce qui fait la signature première de Ginkgopolis et parachève un design en tous points convaincant.

Un dynamisme précieux. L'essentiel de la réflexion s'effectue en simultané. Les joueurs doivent programmer leurs actions en même temps. Seules les résolutions des choix de chacun s'effectuent donc à tour de rôle. Une qualité qu'une minorité de jeux seulement présentent, et qui a pu faire de références comme Maka Bana (avec qui le jeu partage le système de planification), Orléans ou le plus récent Living Forest, des jeux fortement appréciés. Et cela en partie grâce à ce dynamisme que la simultanéité des réflexions parvient à créer autour de la table pour des jeux qui ont pourtant des mécaniques plutôt paisibles. Avec Ginkgopolis vous ne souffrirez donc que très peu des moments de paralysie rencontrés par vos adversaires, et la tentation de saisir votre portable pour rompre l'ennui devient ainsi inexistante. On ne décroche pratiquement pas une seconde et au bout d'une heure de jeu il est étonnant de constater la tonne d'actions et de décisions que chacun aura été capable de produire. A noter que cela nous amène effectivement sur des durées de parties plutôt réduites et que c'est une constante qui est préservée quel que soit le nombre de joueurs impliqués.

Une courbe de progression constante. Plus que sur tout autre jeu, l'apprentissage de Ginkgopolis offre véritablement la sensation de s'effectuer étape par étape. Lorsque vous évoluerez dans le jeu, vous sentirez l'ombre de vos progrès à réaliser vous toiser du regard. Mais jamais cela ne gênera votre plaisir, où que vous en soyez dans l'apprivoisement du jeu. Car avec ses multiples composantes, il n'est pas nécessaire voire impossible de vous projeter immédiatement sur l'ensemble de vos axes d'amélioration. Dans les faits il est fort probable que vous ressortiez de chacune de vos premières parties avec un nouvel enseignement sous le coude, rendant l'exploration des méandres stratégiques du jeu tout à fait passionnante à effectuer. Une particularité qu'on retrouve évidemment chez de nombreuses autres références mais qui parait ici réellement exacerbée. L'apprentissage de Ginkgopolis s'effectue en douceur, sans inconfort et donne envie de s'y replonger pour tenter de nouvelles choses. Le jeu vous délivrera ainsi ses secrets au compte goutte, touchant à des notions variées découlant de chacune des mécaniques impliquées. De quoi faire grimper vos scores encore et encore et apprendre à juguler vos adversaires avec efficacité.

Un final épique. Lors des derniers tours de jeu pour ressentirez la naissance d'une effervescence. Entre la puissance d'un moteur qui se met en action et la mise en circulation d'éléments pouvant faire la différence, l'intensité des événements est grandissante.  La moindre occasion saisie de venir rompre les zones de territoires établis, ou de réaliser l'acquisition d'une carte au scoring avantageux étant potentiellement le point de rupture qui pourrait faire basculer la partie en votre faveur. S'il n'est globalement pas recommandé lors du draft des cartes de faire des cadeaux à vos adversaires, ceci est d'autant plus vrai en fin de parcours tant l'impact des dernières décisions peut jouer un rôle déterminant. Soyez vigilant et à l'affût des opportunités car il ne faut pas se louper sur ce final riche en sensations.


Voilà qui fait probablement le tour d'un jeu qui a su me surprendre et me captiver au fil des parties. Avec ses règles soignées et sa richesse ludique, Ginkgopolis mérite fortement qu'on reparle de lui. Peut-être même plus encore à une époque où les sorties sont nombreuses et sont pourtant pour la plupart bien loin de renfermer autant d'intérêt et d'envie d'y revenir que celle-ci. Il n'est donc définitivement pas trop tard pour vous y essayer.



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